Pourquoi est-il parfois si difficile de demander de l’aide ?
Quand on pense à la thérapie, on imagine souvent quelqu’un qui va mal et qui cherche à aller mieux. C’est évidemment une partie de la réponse. Mais je crois qu’une thérapie peut être beaucoup plus que cela. On peut commencer une thérapie parce qu’on souffre, parce qu’une situation devient difficile, parce qu’une relation nous échappe, parce qu’on se sent perdu ou simplement parce qu’on ne comprend plus très bien ce qui se passe en soi. Et puis, au fil du travail, une autre question peut apparaître : Qu’est-ce que cette difficulté vient me montrer de moi-même ? C’est là que la thérapie peut prendre un autre sens.
Il ne s’agit pas seulement de supprimer ce qui dérange.
Nous avons naturellement envie de faire disparaître ce qui nous fait souffrir. Nous voudrions ne plus être anxieux, ne plus avoir peur, ne plus nous mettre en colère, ne plus répéter certaines situations. C’est compréhensible. Mais parfois, vouloir faire disparaître trop vite un symptôme revient à ne pas écouter ce qu’il cherche à nous dire.
Une souffrance psychique n’est pas toujours simplement quelque chose qu’il faudrait supprimer. Elle peut aussi être le signe qu’une manière de vivre, de penser ou d’être en relation avec soi-même ne fonctionne plus. Cela ne veut pas dire qu’il faut « remercier » sa souffrance ou lui trouver immédiatement un sens. Certaines souffrances sont simplement très difficiles à vivre. Mais il peut être intéressant de chercher ce qui se trouve derrière.
Nous ne sommes pas toujours aussi libres que nous le pensons
Nous avons souvent l’impression de choisir nos réactions. Pourtant, certaines choses semblent se répéter malgré nous. Nous rencontrons toujours le même type de personnes. Nous nous retrouvons dans les mêmes conflits. Nous avons du mal à poser nos limites. Nous cherchons constamment à être reconnus. Nous fuyons certaines situations sans vraiment savoir pourquoi. Et même lorsque nous comprenons intellectuellement ce qui se passe, cela ne suffit pas forcément à changer notre manière d’agir. C’est peut-être parce qu’une partie de nous échappe à notre conscience.
Jung a beaucoup travaillé sur cette relation entre le conscient et l’inconscient. Dans cette perspective, nous ne sommes pas uniquement ce que nous savons de nous-mêmes. Il existe aussi une partie de notre vie psychique que nous ne connaissons pas encore vraiment : des peurs, des désirs, des conflits, des images, des projections, des parts de nous que nous avons parfois mises de côté pour pouvoir nous adapter. La thérapie peut être un lieu où ces éléments peuvent progressivement devenir plus conscients.
Devenir davantage soi-même
Cela rejoint une notion importante chez Jung : l’individuation. Le mot peut sembler compliqué, mais l’idée est assez simple : il ne s’agit pas de devenir quelqu’un d’exceptionnel ou de construire une meilleure version de soi-même. Il s’agit plutôt de devenir progressivement plus conscient de qui l’on est, avec ses forces, ses fragilités, ses contradictions, ses parts lumineuses et celles que l’on préfère parfois ne pas regarder. Nous avons tous une image de nous-mêmes. Mais cette image n’est jamais toute la réalité. Il y a ce que nous montrons aux autres, ce que nous pensons devoir être, ce que notre histoire nous a appris à devenir. Et puis il y a ce qui cherche peut-être à prendre sa place derrière tout cela. La thérapie peut permettre de faire dialoguer ces différentes dimensions. Pas pour devenir parfait. Mais pour devenir un peu moins étranger à soi-même.
Comprendre avec la tête ne suffit pas toujours
Il y a des choses que nous savons très bien et que nous continuons pourtant à répéter :
Je sais que je dois apprendre à dire non, mais je continue à dire oui.
Je sais que cette relation ne me convient plus, mais je n’arrive pas à partir.
Je sais que je dois ralentir, mais je suis incapable de m’arrêter.
Je sais que je devrais moins me juger, mais la petite voix intérieure continue.
Cela montre peut-être que la connaissance intellectuelle n’est qu’une partie du travail. C’est aussi pour cette raison que le corps a une place importante dans une démarche thérapeutique. Le corps peut manifester une tension, une peur, un mouvement de retrait, une agitation ou au contraire une sensation d’immobilité. Il peut parfois nous renseigner sur ce que nous n’arrivons pas encore à penser ou à dire. Écouter le corps ne signifie pas chercher une explication à chaque sensation. C’est plutôt apprendre à être davantage présent à son expérience.
La thérapie comme rencontre
Il y a enfin quelque chose que l’on oublie parfois : une thérapie se fait à deux. Ce n’est pas seulement une personne qui vient raconter son histoire et une autre qui l’écoute. Il se crée une relation particulière, dans laquelle peuvent apparaître certaines façons d’être en relation que l’on retrouve aussi ailleurs dans sa vie. La confiance, la méfiance, le besoin de plaire, la peur d’être jugé, le besoin de contrôler, la difficulté à demander, la peur d’être abandonné… Tout cela peut aussi se manifester dans la relation thérapeutique. Et c’est justement ce qui peut permettre de travailler autrement certaines expériences.
Alors, à quoi sert vraiment une thérapie ?
Peut-être pas à devenir quelqu’un d’autre. Peut-être même pas à devenir quelqu’un de « mieux ».
Elle peut servir à comprendre davantage ce qui nous traverse, à reconnaître ce qui se répète, à rencontrer certaines parties de nous que nous avions laissées de côté et à retrouver progressivement une capacité de choix.
Elle peut aussi nous aider à distinguer ce qui vient réellement de nous de ce que nous avons appris à être pour répondre aux attentes de notre famille, de notre environnement ou de la société.
Et surtout, elle peut ouvrir un espace dans lequel nous n’avons plus seulement à subir ce qui nous arrive. Nous pouvons commencer à regarder autrement notre histoire, nos relations, nos réactions et nos choix. C’est peut-être cela, au fond, le travail thérapeutique : non pas effacer ce qui fait partie de nous, mais apprendre à le rencontrer autrement.
Et parfois, en faisant ce travail, quelque chose devient possible : vivre moins à partir de ce que nous croyons devoir être, et davantage à partir de ce que nous sommes réellement.